Jean Luc Verna

« Jean -Luc Verna, vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé ?

– Non « 

12 Octobre – 25 Novembre 2012

Jean Luc Verna rabotte, façonne, tatoue son corps depuis qu’il a quinze ans ; précisément depuis qu’il a vu Siouxies and the Banshees dans le clip Slow dive *.

La reine phallique, entourée d’hommes maquillés, représente soudain pour le jeune adolescent, alors obèse et coiffé d’une coupe ringarde à la Mireille Mathieu, un modèle – l’opposé de sa mère, « une cruelle lavette », précise-t-il.

Face à son miroir, il se jure soudain de cesser d’être lui et de devenir ELLE, la chanteuse dominatrice aux lambeaux de dentelles, déchue. A travers cet idéal réparateur, il réalise « son travail d’émancipation familiale » et pose la pierre angulaire de sa reconstruction narcissique. Reconnaissant envers sa divinité tutélaire et tutorale, il se fera plus tard tatouer sur la gorge Love out me, une chanson de son idole qui exprime les difficultés d’une personne à supporter son image.

« Ce que je fais sur mon corps me permet de me rendre supportable à moi-même. Mon corps est un champ de bataille. J’essaie de le rendre possible en tant qu’outil. Je ne fais pas appel à Photoshop, je le rabote, je l’enjolive, le customise », précise l’artiste qui dès l’âge de 8 ans intériorise les corps des super héros des magazines Strange en les dessinant.

A 16 ans, ce sont les planches anatomiques qu’il reproduit, celles du livre Anatomie artistique de l’homme de Jeno Barcsay que lui offre son professeur d’histoire de l’art. Le mot « homme » aurait motivé le dessinateur à la tête tatoué d’étoiles pour l’acquisition de cet ouvrage technique. « Des étoiles ? Peut-être parce que cela représente l’homme ? » [de Vritruve], confie d’ailleurs un jour l’artiste à la journaliste Emmanuelle Lequeux **.

L’univers de Siouxies and the Banshees irrigue les thèmes qu’il décline aujourd’hui dans ses rares dessins –25 par an maximum. Figure transhistorique, l’icône représente la possibilité de mixer mythologies antiques et futuristes. Une transhistoricité présente dans ses photographies, ses dessins, ses performances, ses albums.

« On m’accuse d’être dixneuviémiste, je suis à la fois complètement XIXe et 80. », se défend l’artiste.

Des mamelles du XIXe, Jean Luc Verna nourrit un dessin charbonneux, grinçant, érotique, fantastique proche de Goya, des symbolistes, de Félicien Rops qu’il adule ou d’Alfred Kubin, son autre génie d’élection.

Détournant depuis 20 ans le motif Paramount en « Paramour » ou « Paramor », Jean Luc Verna se complaît dans cette « vacance de la figure humaine » et l’élaboration d’« un paysage de l’amour mis en scène différemment à chaque fois ». Car Jean-Luc Verna récidive, creuse son sillon. Il vient juste de graver un vinyl, I Apologise***.

Comme une star qui chante ses hits à chaque concert, il décline une même œuvre et jure fidélité au titre de son exposition : « Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé? – Non. »

Serial titre, motif éculé, honni par l’histoire de l’art contemporain, Jean-Luc Verna regrade les choses sans qualité. Il sublimise le rebut, extirpe le papier ou les mythes antiques des poubelles, offre au dessin réaliste des dissonances, des claudications, des erreurs qui le rendent supportable.

« Mon dessin c’est comme mon corps, je ne suis jamais content. Crus,je les trouve moches. Je machouille. Un dessin est le fruit d’une rumination. J’utilise le calque pour tuer la virtuosité du trait. Le calque est ensuite photocopié puis il est transféré et rehaussé. Il faut garder la raison d’être du dessin. La pitrerie est la seule réponse que j’ai trouvé pour faire face à ce monde, à la maladie, à la mort, à la pauvreté… »

Fardé, travesti en fanzine rock, pseudo mécaniquement réalisé, rehaussé aux crayons de couleurs, à la gouache, aux paillettes, le dessin est sauvé de la dégradation par des effets picturaux longuement mijotés.

Foi de Siouxies and the banshees, Jean Luc Verna réenchante le monde infecté d’une douce noirceur.

Katia Feltrin

* Slow dive inspiré du film The Swimmer de Frank Perry, cet homme athlétique [Burt Lancaster] qui décide lors de son jogging de plonger dans toutes les piscines privées d’un quartier chic pour rentrer chez lui. Bercé de douces illusions, le héros se prend progressivement en pleine face une réalité non maquillée.

** in Aden 3 au 9 janvier 2001

*** En janvier 2013 concert au Centre Pompidou